« L’entreprise est comme une tribu »

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De ses rencontres avec différentes tribus sur le globe, Karine Massonnie a beaucoup appris. En créant Terres Indigènes (nature coaching, formation, conférences…), elle a voulu transmettre ces enseignements aux entreprises. Et en faire, pour celles-ci, un outil de transformation.

Comment est née Terres Indigènes ?

Après une enfance au Canada, des études de psychosociologie et d’éco-psychologie (*), j’ai voulu découvrir des peuples du monde vivant au contact de la nature. Ce fut le cas d’abord avec les Amérindiens du Canada. Puis en 2007, j’ai pris un congé sabbatique d’un an pour partir à la rencontre d’autres tribus comme les Sames en Laponie, les Aborigènes d’Australie, les Aymaras de Bolivie ou les Bédiks au Sénégal. Ce qui m’a permis d’explorer la relation homme/ nature dans des milieux très différents. Ces expériences ont été une fabuleuse école de la Liberté.

De retour en France, j’ai souhaité partager ce vécu avec d’autres. D’où l’idée d’accompagner la transformation des entreprises et de leurs équipes, en m’inspirant des peuples indigènes et de leur mode de vie. En 2015 à Guérande, j’ai créé pour cela l’entreprise Terres Indigènes.

Quels liens faites-vous entre l’entreprise et ces peuples, des mondes a priori éloignés ?

Je regarde l’entreprise comme une grande tribu, constituée de plusieurs petites tribus à savoir les équipes. L’environnement, dans lequel elle évolue, représente de même la nature, par analogie. Il s’agit d’un milieu complexe, incertain et évolutif. Aussi, pour y progresser, ses membres doivent d’abord atteindre ce triple équilibre, sur lequel les tribus indigènes basent leur vie.

Quel est-il ?

Tout homme doit trouver l’équilibre avec soi-même, avec l’autre et avec son environnement. Le premier demande de s’ouvrir au monde pour développer son intuition, sa réceptivité, sa sensibilité… C’est en se connectant ainsi à soi-même qu’on peut ensuite créer et innover. Pour les peuples indigènes, il est essentiel également de travailler avec l’autre au service du collectif. Chacun se sent responsable du groupe, où il porte les lois de la vie que sont le respect, la solidarité, l’équité… Le 3e équilibre, enfin, réside dans l’harmonie avec son milieu. Les Indigènes ont une vision systémique du monde, où tout est interdépendant. Dans cette optique, ils s’emploient à gérer durablement les ressources. On ne prend que ce dont on a réellement besoin.

S’il atteint ce triple équilibre, le dirigeant d’entreprise ou le manager sera dans l’efficience économique.

Qu’est-ce qui empêche de nombreux managers d’atteindre cet équilibre ?

Il existe divers freins. A commencer par la zone d’autonomie du manager, qui s’est restreinte. Alors qu’on lui demande d’être de plus en plus conforme à des modèles, il lui est difficile dans le même temps d’être force de proposition.

Terres Indigènes Ecopolitan 5

Terres Indigènes convie les entreprises à sortir de leur bulle pour explorer leur vraie nature. ©DR

A cela s’ajoute le rapport au temps dans les entreprises, qui exigent des résultats rapides au détriment du potentiel humain. La réflexion n’a pas le temps d’être au meilleur de ce qu’elle pourrait être, en termes de créativité… Le manager, qui a parfois perdu le sens initial de sa mission, ne se trouve pas toujours non plus à sa juste place. Celle lui permettant d’exprimer son potentiel. Tout cela conduit à davantage de stress, à une perte de confiance, de la solitude, une peur accrue de prendre des initiatives et, bien souvent, moins de joie au travail.

Quelles actions proposez-vous pour renouer avec l’efficience ?

Terres Indigènes convie les managers à sortir de leur bulle pour explorer leur vraie nature. Via des formations, du coaching ou des séminaires en milieux naturels, je mobilise la philosophie des peuples autochtones pour faire vivre à ces managers des expériences inspirantes. Les marches dans la nature, que je propose, sont ponctuées d’ateliers invitant à se questionner et à engager des changements. De quoi développer sa capacité d’adaptation, se reconnecter à soi, oser aller vers l’inconnu, améliorer ses relations aux autres ou encore identifier ses stratégies de réussite voire… ses mécanismes d’échec.

Quand les entreprises vous contactent-elles ? Que deviennent ensuite ces enseignements ?

Les PME, ETI et grands groupes, qui se tournent vers Terres Indigènes, ont une forte envie de transcender la situation dans laquelle ils se trouvent. Ils ont généralement enclenché le changement et veulent continuer à entreprendre autrement.

Lorsque leurs managers reviennent dans l’entreprise, ils expérimentent de nouvelles pratiques. Certains décident, par exemple, de ritualiser des cercles de parole pour partager les expériences et réguler les tensions. D’autres instaurent des temps dédiés, visant à valoriser toutes les prises d’initiatives. D’autres encore organisent les réunions hebdomadaires en extérieur afin de se remettre en lien avec la nature…

(*) Eco-psychologie : étude des interrelations entre l’individu et son environnement physique et social.

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