« La première qualité d’un entrepreneur est d’être optimiste »

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Jonathan Charier, fondateur de Pulse & Pulpe, agence de design industriel, a dû se résoudre à « euthanasier » son entreprise. Récit d’une expérience de plus de 4 ans…

« Le vendredi 28 octobre 2016, j’ai dû me résoudre à déposer un dossier de liquidation judiciaire pour Pulse & Pulpe.

Qui n’a jamais galéré devant un packaging à « ouverture facile » ou pour déguster son plateau repas en classe éco d’un avion ? Pulse & Pulpe était une agence de design industriel et d’innovation d’usage dont la spécialité était le design inclusif*. (…) Le matin du mercredi 2 novembre 2016, en 15 minutes, lors de ma comparution au tribunal de commerce de Nantes, l’euthanasie était validée et actée.

 Le stress de la boussole cassée

Cela peut paraître bizarre pour certains, mais une sensation de « soulagement » apparaît après de longues semaines de stress à ne plus avoir de réelle visibilité pour Pulse & Pulpe et ne pas savoir si nous serons encore existants dans une semaine, un mois ou un an.

Nous trainions des créances client douteuses d’environ 20 K€ depuis janvier liées à un client qui ne payait pas et qui ne paiera certainement jamais ; et la conjoncture économique pour les agences de design industriel était plus que négative (report de projets, diminution de budgets, concurrence des freelances, des auto-entrepreneurs et des écoles de design).

Entre septembre et octobre nous étions un peu comme un bateau perdu au milieu de l’océan, les vivres à sec et la boussole en vrac.

Fin octobre, après deux dernières réponses négatives de prospects, la multiplicité des éléments a eu raison de nous. Nous n’avions plus la visibilité suffisante en termes de trésorerie et de contrats pour continuer l’aventure. Le cap était donné. Il fallait fermer la société.

 Lâcheté ou réalisme ?

Tout simplement du réalisme.

Notre trésorerie qui représentait 1 mois et demi de BFR à début juillet avait été totalement consommée durant la trêve estivale des signatures de contrats. Mais la reprise de l’activité que nous attendions avec impatience et plein de confiance en septembre ne s’est pas du tout passée comme nous l’imaginions.

Le cumul de ces différents points oblige à vous poser et prendre une décision lourde, fermer la société pour limiter les risques et la casse pour votre équipe, vos clients actuels (nous avions encore un carnet de commande de 30 K€, mais échelonné sur plusieurs mois), vos partenaires, vos actionnaires et vous-même.

Psychologie du verre à moitié plein

Malgré cela, j’ai envie de voir le verre à moitié plein. Je sais que Pulse & Pulpe a été la plus belle expérience que j’ai pu avoir.

Oui, j’y ai perdu de l’argent… mais l’expérience était bluffante.
Oui, le burn-out était à l’horizon par moment… mais nous avons eu de belles victoires.
Oui, les horaires de travail pouvaient êtres à rallonge et les week-ends inexistants au début… mais il y a eu tout de même un bon paquet de belles rencontres.
Oui, personne n’aurait voulu de mon salaire (ex : plus de salaire depuis fin août)… mais mon équipe valait le coup de ce sacrifice personnel.
Oui, certains partenaires et clients n’ont pas toujours joué le jeu… mais tous les autres étaient exceptionnels.

Chaque point négatif trouve son pendant positif. Ces 4 ans et demi de Pulse & Pulpe étaient de véritables montagnes russes, avec des hauts et des bas, des moments où l’on pensait que c’était la fin et d’autres pleins de fierté et d’espoirs pour le futur.

Je refuse donc d’être de ceux qui pleurent sur leur sort, sur la difficulté d’entreprendre en France, sur les banques, sur les clients qui trainent joyeusement de la patte pour payer, voire qui ne payent pas.

Une expérience qui vaut son pesant de cacahuètes

En presque 5 ans d’existence, nous avons pu travailler pour de belles sociétés et sur de beaux projets  (…). Ainsi, même si Pulse & Pulpe ferme aujourd’hui, nous n’avons pas à rougir de ce que nous avons fait et que l’aventure finisse aussi brutalement.

Chaque entreprise, chaque start-up, chaque association, chaque projet qui ferme n’est pas à prendre comme une défaite mais comme une expérience.

Rien n’est impossible

Ayez confiance en vous, en votre entourage et en votre avenir et vous augmenterez vos chances de réussir. Dans le cas contraire, si vous êtes défaitiste, si vous n’avez pas un minimum confiance, je vous souhaite bon courage. Vous êtes déjà mal barré.

« Chaque point négatif trouve son pendant positif »

L’adjectif « impossible » n’est qu’un adjectif éphémère qui, avec le temps, le hasard, l’efficience et la pugnacité peut se transformer en « possible » grâce aux optimistes.

En 1990 les généticiens estimaient que le séquençage complet du génome humain ne serait possible que dans 3 à 5 siècles… 13 ans plus tard, le séquençage complet d’un ADN humain fut réalisé pour 2 milliards de dollars… et aujourd’hui nous pouvons le faire pour 1000 dollars.

Les conseils valent de l’or mais ne doivent pas écraser votre flair et votre obstination (…).

Que faut-il en conclure ?

La première qualité d’un entrepreneur est d’être un optimiste. Sa seconde qualité est d’être fou et de l’assumer… Il faut l’être pour vouloir bouger des montagnes. Soyez fou, soyez optimiste, innovez, relevez les défis qui vous tendent les bras. Rien n’est impossible. Faites reculer vos limites et celles qui vous entourent.

Mais travailler juste pour la gloire ne sert à rien. Pensez aussi à vous et vos proches. Si ça ne marche pas aujourd’hui, posez-vous, recentrez-vous, pivotez. C’était peut-être la mauvaise montagne ou peut-être que ce n’était pas encore son heure. Des montagnes, vous en déplacerez d’autres.

Tout change, tout évolue. Ça n’est qu’une question de temps et de moment propice. A la manière d’un alchimiste, sachez transformer les difficultés en opportunités. Devenez l’alchimiste de votre vie.
Merci à toute l’équipe de Pulse & Pulpe (des personnes en stage découverte jusqu’à celles qui étaient en CDI), à nos actionnaires, à nos partenaires, à nos clients, à ma famille, à Poulette, à Hulk (mon chien qui venait avec moi au bureau) et à tout ceux qui nous ont suivi.

Maintenant il est temps de rebondir.

Retrouvez l’intégralité du témoignage de Jonathan Charrier «L’impossible est éphémère, ma boîte l’était aussi »  sur LinkedIn.

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