Incubateurs et accélérateurs : le compte est-il bon ?

Google+ Pinterest LinkedIn Tumblr +

Les dispositifs d’accompagnement se multiplient sur le territoire alors même que la création de start-up ralentit. Panorama d’une offre pléthorique.

L’écosystème numérique a beaucoup évolué ces deux dernières années en Loire-Atlantique, portant à une vingtaine le nombre de programmes d’incubation, de pré-accélération ou d’accélération. Et alors même qu’une récente étude de l’Auran – l’Agence d’urbanisme de la région nantaise – constate une baisse de 40 % de la création de start-up en 2017-2018*.
A chaque niveau de maturation, son dispositif. D’abord, l’incubateur pour les porteurs de projets en devenir. Ensuite les pré-accélérateurs et accélérateurs généralistes ou spécialisés pour les accompagner sur les étapes suivantes. Sans oublier les initiatives d’entreprises. C’est le cas de Sercel, à Carquefou. Le leader des équipements pour l’imagerie des sous-sols a ainsi lancé son accélérateur Axandus fin 2017, dans une démarche d’open innovation. L’industriel aide les start-up mais aussi les PME à passer du prototype à l’échelle industrielle.

Faire son choix

Face à cette offre (sur)abondante, comment faire son choix ? « Pour déterminer l’incubateur qui les accompagnera, les porteurs de projets doivent d’abord se demander : « de quoi ai-je besoin pour avancer ? avant d’aller se renseigner sur les spécificités de chacun », explique Aurélie Beignon, consultante en création et développement d’entreprise.
Le mode de fonctionnement de ces structures est assez semblable. Rendez-vous individuels ou collectifs, la plupart des programmes fonctionnent avec un réseau de partenaires que les organisations font intervenir au gré des demandes et besoins (cabinets comptables, banques, consultants…). Cas à part, le Startup Palace revendique un processus différent, avec l’intervention de ses seuls collaborateurs.

Marion Berthaut Mobidys Incubateurs accélérateurs crash test Ecopolitan 8

Marion Berthaut, DG de Mobidys, à Nantes

Marion Berthaut, DG de Mobidys, à Nantes

« Éditeur nantais de livres numériques adaptés aux dyslexiques, nous challengeons régulièrement notre projet auprès de dispositifs d’incubation ou d’accélération. Ils nous apportent énormément et rapidement en termes de méthodologie, parce que quand on monte une start-up, on doit être expert en communication, en finance, en marketing… alors qu’on n’en a jamais fait !
En 2014, Mobidys a reçu le soutien d’Atlanpole et une bourse French Tech permettant de réaliser une étude technique, une analyse de marché et une première maquette. Atlanpole nous a ensuite orientés vers l’incubateur de l’IMT Atlantique. Depuis, les accompagnements se sont succédés : la Creative Factory d’abord, au cours de laquelle nous avons créé la structure Mobidys sous la forme d’une SAS. Nous avons ensuite été lauréats de la Creative Care Factory. Nous participons actuellement au programme d’accélération de la Ruche Factory de Saint-Nazaire baptisé Les Ambitieuses avec lequel nous sommes en pleine levée de fonds pour industrialiser nos processus de production. »

Une durée d’accompagnement variable

En revanche, la durée de l’accompagnement, elle, varie beaucoup. De cinq mois pour la partie incubation du Startup Palace jusqu’à deux ans au Village by CA. Chez 1Kubator, Sandrine Charpentier constate que « 10 mois c’est court, parce qu’il y a tout à structurer. Il faut parfois faire face à des situations personnelles où il y a des temps de pause. 1Kubator accompagne le temps qu’il faut la start-up. »
Quant au coût d’accès, on dénombre plusieurs écoles, à commencer par la location d’un espace bureau comprenant l’accompagnement au Village by CA, par exemple. Chez Axandus, on ne propose pas d’offre locative, mais Sercel met à disposition ses moyens en termes de techniques, conception ou sourcing fournisseurs.A Saint-Nazaire, à la Ruche Factory, l’accompagnement, gratuit pour les start-up, est financé par différents biais dont la location d’espaces de coworking, une pratique très répandue chez les incubateurs. 1Kubator ou Imagination Machine ont pour leur part choisi la participation au capital. « Nous ne faisons pas de prestation de services, le seul moyen que nous avons de nous rémunérer c’est quand la start-up performe», souligne Sandrine Charpentier, directrice d’1kubator Nantes.

Intégrer un écosystème

L’attrait majeur de ces programmes, c’est l’intégration à un écosystème, générateur d’affaires. A part peut-être Imagination Machine qui attire les porteurs de projets sur le seul nom de son créateur, Rob Spiro, serial entrepreneur à succès de la Silicon Valley. Pour Sophie Comte, CEO de Makidoo (production vidéo sur mobile), l’attrait de ces structures pourrait se résumer ainsi : « en rentrant dans un dispositif, on bénéficie de son écosystème et les choses s’accélèrent ». Il n’est d’ailleurs pas rare pour une start-up de participer à plusieurs programmes. Sélectionnée pour participer à la première promo d’1Kubator, passée ensuite par ADN Booster, la start-up est désormais accompagnée par le programme d’innovation « French IoT » du groupe la Poste. Ce dernier lui ouvrira les portes du prochain CES de Las Vegas, un événement porteur de multiples retombées et contacts.

Mobidys incubateurs accélérateurs crash test Ecopolitan 8

Mobidys, éditeur nantais de livres numériques adaptés aux dyslexiques, a été accompagné par plusieurs incubateurs – ©Antoine Monié

Parfois, les portes peuvent s’ouvrir encore plus. Au gré des opportunités, Axandus peut aller jusqu’à créer une co-entreprise avec l’un des projets accompagnés. «Imaginez une start-up, aux moyens limités pour conquérir l’international. Au lendemain d’une co-entreprise avec Sercel, c’est 6 implantations industrielles et 15 implantations commerciales dans le monde ! C’est une façon de briser le plafond de verre !», commente Thierry Roger, responsable de l’accélérateur.
Bénéficier de l’accompagnement de toutes ces structures est toutefois réservé aux projets qui franchissent la sélection. Ne rentre pas qui veut. « L’important n’est pas le projet, mais le porteur de projet »,précise Aurélie Beignon. Sandrine Charpentier d’1Kubator confirme : « l’idée c’est 5% du problème, les 95% restant, c’est l’exécution et la capacité à aller concrétiser son concept ». Certains startupers se retrouvent ainsi très courtisés… pour peu qu’ils aient acquis de l’expérience. Les programmes d’accélération préfèrent en effet miser sur des pépites plutôt que des projets à l’issue incertaine. Marion Berthaut, directrice générale de Mobidys en témoigne : « il ne se passe pas une semaine sans que je sois sollicitée pour intégrer tel ou tel dispositif. »

Quels résultats ?

Les programmes communiquent volontiers sur leurs réussites. Pour autant, la plupart de ces dispositifs ont moins de trois ans. Difficile dès lors de démontrer leur impact sur la pérennité des start-up. Avec ses 15 ans d’existence, l’incubateur Audencia-Centrale-Ensa fait figure d’exception. Il a accompagné 180 projets desquels sont nées 120 entreprises. Pour Sébastien Ronteau, son directeur, « une grosse centaine est toujours active. Un résultat relativement élevé qui s’explique par des projets qui ont une première phase de maturation avant l’entrée dans l’incubateur, le niveau d’étude des porteurs de projets et notre réseau alumni (anciens élèves, NDLR)».
A tout le moins, l’accompagnement proposé dans les incubateurs et accélérateurs permet de tester l’idée, l’équipe et le marché. « Certains doivent s’arrêter naturellement. C’est aussi à cela que ça sert »,estime Franky Trichet, adjoint à l’innovation et au numérique à la ville de Nantes. « Sur les 8 projets de la première saison Maia Mater (incubateur financé par les collectivités de Nantes et Saint-Nazaire, NDLR), 3 se sont arrêtés et un nouveau s’est créé ».  A ceux qui s’interrogent sur le nombre élevé de ces structures d’accompagnement, notamment sur la métrople nantaise, Franky Trichet répond : « quoi qu’il arrive les mailles du filet sont différentes. S’il y en avait trop, certains auraient déjà dû disparaître et ce n’est pas le cas. Ça veut dire qu’on a beaucoup d’entreprises qui, à différents niveaux de maturation, ont besoin d’accompagnement. On est sur des offres complémentaires. »L’Auran préconise toutefois « une clarification du parcours d’accompagnement pour éviter la concurrence interne et renforcer l’attractivité globale de l’écosystème nantais».

*« Un nouveau cap pour l’écosystème des start-up », étude de l’Auran publiée en juin 2018

incubateurs accélérateurs loire-atlantique crash test ecopolitan 8

Les incubateurs et accélérateurs présents en Loire-Atlantique : une forte concentration dans la métropole nantaise

Les incubateurs et accélérateurs du territoire

  • Audencia-Centrale-Ensa : incubateur commun aux 3 grandes écoles
  • Atlanpole et l’Eco innovation Factory : projets dans le secteur de l’énergie et de l’environnement
  • L’incubateur de l’IMT atlantique (l’école des Mines)
  • Pépite : (Pôles étudiants pour l’innovation, le transfert et l’entrepreneuriat) : accompagnement de l’université
  • IFAGTORY : incubateur de l’IFAG, école de management
  • Maia Mater : programme d’accélération orienté deep tech (innovations de rupture) destiné aux jeunes chercheurs ou post-doctorants
  • Creative Factory Selection : destiné aux entreprises des industries culturelles et créatives
  • Creative Care Factory : destiné aux projets dans le champ de la santé et du bien-être
  • ADN Booster : accélérateur de l’association ADN’ Ouest
  • Le Village by CA Atlantique Vendée : pour des start-up dans le secteur agro-agri, logement, développement durable, santé et vieillissement
  • 1Kubator : antenne nantaise d’un réseau national d’incubateurs
  • NM Cube : incubateur pour projets de médias
  • OFF 7 : accélérateur du groupe Ouest France, porté par le Startup Palace
  • Imagination Machine : incubateur et accélérateur pour start-up à développement international
  • Octopus : incubateur e-commerce porté par Lengow
  • Axandus : accélérateur industriel installé chez Sercel
  • Novapuls : incubateur et pré-accélérateur porté par Sodero Gestion, société de capital investissement
  • La Ruche Factory à Saint-Nazaire : pour des projets d’innovation sociale
Partager