Centres de coworking : phénomène de mode ou tendance de fond ?

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Partager un espace de travail à moindres frais, dans une ambiance conviviale et constructive… la promesse du coworking est alléchante. Mais sans le soutien d’une collectivité et l’animation du lieu, la survie de ces espaces reste, pour l’heure, incertaine.

Un ou plusieurs plateaux en open space, éventuellement quelques bureaux fermés pour préserver l’intimité professionnelle de leurs locataires, une machine à café, un espace restauration, une ou plusieurs pièces pour organiser une réunion et/ou téléphoner tranquillement… Voici la base de tout espace de coworking. Mais une fois ce décor posé, bien des configurations sont possibles pour ces lieux qui, pour nombre d’entre eux, sont encore en devenir.

Jérémie David La Cordée Coworking Nantes Ecopolitan

Jérémie David, gérant de La Cordée, à Nantes – ©DR

Les coworkers ont aujourd’hui l’embarras du choix, particulièrement à Nantes, qui comprend une forte concentration de ces lieux. Pionnière de ce nouveau mode de travail sur notre territoire, La Cantine numérique, qui a ouvert son espace en 2011, est associée à l’éclosion de startup qui ont fait sa renommée.  « Nous avons commencé par organiser des évènements autour du numérique, explique Laurence Le Bousse, office manager.  Puis, nous avons proposé une dizaine de places de coworking, notamment pour favoriser les échanges. » Une liste d’attente se forme très vite…

A côté du succès de cette structure associative, soutenue par les collectivités (Nantes Métropole et Conseil régional), une génération « spontanée » d’espaces a vu le jour, sans que personne n’en maîtrise totalement ni la portée ni le concept précis. « Il y a dix ans, il n’y avait pas, ou très peu, d’espaces de coworking dans la métropole, relève Bérénice Ouzilleau responsable du pôle entreprises à l’agence Nantes Saint Nazaire Développement. Aujourd’hui, nous en avons répertorié une quarantaine. » Un recensement précis, initié par Nantes Métropole, est d’ailleurs en cours. Pour l’heure, entre pépinières, offres de locations de bureau avec services, incubateurs, il est souvent difficile de s’y retrouver parmi les acteurs (voir le tableau comparatif en cliquant ci-dessous).

Voir les espaces de coworking en Loire-Atlantique

Les centres de coworking : un concept multiforme

Leurs créateurs sont unanimes : ce qui préside à la création des espaces de coworking est d’abord le désir de briser la solitude. Pour Jérémie David, gérant de La Cordée, installée à Nantes depuis novembre 2016,  » le postulat de base est de proposer à des travailleurs, freelance, créateurs d’entreprises ou télétravailleurs de sortir de l’isolement, en bénéficiant d’un espace de travail bienveillant, dynamique, convivial… » Parfois aussi, des entreprises d’autres régions envoient des « poissons pilotes » pour tester le marché nantais avant d’y envisager une implantation.

Même discours au Dojo, près de la gare Nord, qui cible une population plus spécifique.   » Nous nous appelons aussi « la maison pour entrepreneurs », résume Mariette Phulpin, « maîtresse de maison » du Dojo, qui gère le lieu avec un associé. L’ambiance se veut « cocoon et stimulante, comme une deuxième maison, ou un club privé, pour les primo-entrepreneurs en majorité. » Dans l’open space, avec canapés et ambiance végétale, de jeunes startuppers travaillent sur des tables de ping-pong. Des espaces permettent d’envisager une sieste ou quelques heures de sommeil nocturne. Les animations, petit-déjeuner, séances de méditation se succèdent.

Quand les collectivités s’investissent pour favoriser l’activité économique

Quid du coworking en zone rurale ou suburbaine?  « 64 % des actifs habitant dans la communauté de communes de Blain travaillent à l’extérieur, et ce chiffre est en augmentation, constate Hélène Dufy, responsable à la Maison de l’Economie, de l’Emploi et de la Formation (EEF).  Parallèlement, nous nous sommes rendus compte que de plus en plus de freelance travaillent sur le territoire ». Pour conjuguer les besoins d’accueil et d’échanges de ces différents profils, le Pays de Blain a mis à disposition, au sein de l’EEF, un espace dédié aux travailleurs de tous horizons : bureaux individuels, salle de réunion, open space… Après un accueil gratuit pendant une partie de l’été, les futurs locataires doivent, depuis le 1er septembre, s’acquitter de 5 € pour la demi-journée et 10 € pour la journée pour y travailler.

A Bouvron, un espace aménagé par la commune ouvre également ses portes à la même date, à l’initiative d’un collectif d’entrepreneurs… A Saint-Etienne-de-Montluc, c’est autour d’une réflexion sur l’évolution de la pépinière d’entreprises gérée par la communauté de communes Cœur d’Estuaire que l’idée d’un espace de coworking a vu le jour. « Il y a un an, nous avons décidé d’expérimenter, à côté de la pépinière, un espace dédié de 30 mètres carrés, explique Perrine Edelin, directrice de Cœur d’Estuaire.  Nous entamons une prospection auprès des entreprises car nous pensons que le développement du télétravail pourrait favoriser ce type d’espaces. »

Autre ambiance, mais principes approchants à 70 km de là, au Périscop de Saint-Nazaire. Comme à La Cantine, les fondateurs ont souhaité ajouter des places de coworking dans un lieu qui n’était pas dédié à l’origine à cette activité. « Nous sommes d’abord une coopérative d’entrepreneurs créée en 2014 », explique Renaud Le Gal, l’un des fondateurs. Comprenant 37 entrepreneurs salariés de la Scoop, le Périscop a décidé il y a deux ans d’aller au bout de sa volonté d’ouverture en laissant à disposition une quarantaine de bureaux à des indépendants ayant besoin ponctuellement d’un espace de travail, pour sortir de l’isolement et /ou se faire un réseau. « Ils viennent de la presqu’île, de Savenay, du Sud Loire… pour quelques heures, ou un mois, c’est très aléatoire, détaille-t-il. C’est la richesse des échanges entre entrepreneurs de la Scoop et coworkers qui est essentiellement recherchée. Tous peuvent participer aux petits-déjeuners thématiques les « Apériscops », et certains des coworkers ont même rejoint l’équipe ».

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La Cordée, à Nantes – ©NL

Autre lieu, autre concept : à la Prairie, rue des Olivettes à Nantes, l’immeuble abritant les 25 coworkers réunis dans trois espaces différenciés a été acheté et aménagé par des entrepreneurs et freelance désireux de partager le même espace de travail. Ils se sont organisés en SCI qui loue un emplacement aux entreprises, freelances, salariés en télétravail qui cohabitent en permanence. Tous ont signé un bail en bonne et due forme qui leur assure un bureau fixe.

 Quelle rentabilité ?

Quel que soit le choix de statut, les espaces de coworking visent l’intérêt des échanges, la constitution d’un réseau et l’émergence de projets communs… Sur le papier, la solution semble idéale au regard des évolutions des modes de travail. Et dans la réalité ? Le coworking constitue-t-il vraiment « le » modèle de demain ? A certaines conditions, modèrent les observateurs. La première étant probablement de ne pas compter en tirer un profit financier… « Sur l’ensemble de l’activité, le coworking représente environ 2% de notre chiffre d’affaires, explique par exemple le gérant du Périscop. Ce n’est certainement pas pour cette raison que nous l’avons créé. »

Atteindre l’équilibre financier est d’ailleurs la préoccupation majeure des nouveaux espaces. « Nous l’avons atteint à Lyon, où la Cordée existe depuis 2011, commente Jérémie David. Nous avons constitué une SAS, avec des entreprises au capital et la Caisse des Dépôts. » Un modèle qui n’est pas encore répandu à Nantes.  « Deux possibilités coexistent, analyse Antoine Houël, ex-gérant de La Terrasse, le Patio et le Petit Salon, également situés rue des Olivettes. Soit il s’agit d’une patrimonialisation, c’est-à-dire que l’on achète un bien dont on rembourse l’emprunt éventuellement contracté avec les loyers, soit il s’agit d’un espace d’innovation des territoires, soutenu par les collectivités, des entreprises… »

Un enjeu clé : l’animation

Dans le premier cas, la grande majorité, on retrouve des initiatives privées, qui ont une chance de survie en adaptant le prix des loyers pour rentrer dans leurs fonds.      Le deuxième cas concerne par exemple la Cantine, qui a des moyens de financement diversifiés. « L’organisation du Web2Day entre pour une part importante dans notre budget », précise Laurence Le Bousse.

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Plusieurs centres de coworking se sont aussi ouverts en-dehors de la métropole Nantes Saint-Nazaire. – ©DR

L’autre grand enjeu est de faire vivre ces espaces. En effet, leur condition de survie dépend de ce que vont y trouver les coworkers. Sans animation, il s’agit juste d’une location du bureau, insuffisant pour attirer et surtout fidéliser. « Ce n’est pas parce qu’on va mettre 15 développeurs dans une même pièce qu’ils vont travailler ensemble », affirme Pierre-François Lamoure, gérant de La Prairie. Certains espaces comme ce dernier, confient aux locataires le soin de prendre les initiatives. Mais d’autres comme Dojo, la Cantine ou La Terrasse, ont créé des postes spécialement dédiés à l’accueil et à l’animation. Parfois désignés comme « chief happiness officer » (« gardiens du bonheur »), ces salariés organisent des rencontres entre coworkers, les aident à constituer un réseau, voire à mener des projets ensemble. Un travail quotidien, sans lequel certains espaces pourraient voir leur fin…

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